Journal d'un passionné de la rive droite

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18 octobre 2022

Apollinaire et le vin ( 1 )

Apollinaire

 

 

Evoquer le vin chez Guillaume Apollinaire semble de prime abord moins évident que d'en parler avec Baudelaire. En effet, dans Les Fleurs du Mal, une section complète est dévolue au vin et à la puissance évocatrice qu'il confère au poète.

Chez Apollinaire, le pluriel du mot Alcools, titre de son recueil, et l'appréciation du vin sous ce seul aspect nous éloignent de l'idée que le poète chercherait à évoquer le seul plaisir oenophile.

 

Pourtant, s'il est bien question de boissons alcoolisées, et sans doute même d'eau-de vie, Apollinaire fait davantage référence au vin.

Rappelons qu'il termine Alcools par le poème Vendémiaire, titre tiré du latin vindemia qui signifiait « vendange ». La lecture prouve qu'il est réellement question de la dissolution du vin dans la vision ou dans la peinture que lui renvoie Paris lorsque l'ivresse des mots l'atteint.

Citons : « Je vis alors que déjà ivre dans la vigne Paris
Vendangeait le raisin le plus doux de la terre
Ces grains miraculeux qui aux treilles chantèrent »

 

plus loin :  « Ces très hautes amours et leur danse orpheline
Deviendront ô Paris le vin pur que tu aimes »

 

et enfin,« Les raisins de nos vignes on les a vendangés
Et ces grappes de morts dont les grains allongés
Ont la saveur du sang de la terre et du sel
Les voici pour ta soif ô Paris » 

 

Pour s'en convaincre encore, relisons Nuit Rhénane

 

Mon verre est plein d’un vin trembleur comme une flamme
Écoutez la chanson lente d’un batelier
Qui raconte avoir vu sous la lune sept femmes
Tordre leurs cheveux verts et longs jusqu’à leurs pieds

Debout chantez plus haut en dansant une ronde
Que je n’entende plus le chant du batelier
Et mettez près de moi toutes les filles blondes
Au regard immobile aux nattes repliées

Le Rhin le Rhin est ivre où les vignes se mirent
Tout l’or des nuits tombe en tremblant s’y refléter
La voix chante toujours à en râle-mourir
Ces fées aux cheveux verts qui incantent l’été

Mon verre s’est brisé comme un éclat de rire

 

 

Pourquoi alors avoir réduit à la notion "d'Alcools" les références au vin ?

Le mot « alcool » est polysémique.

Certes, il est bien question de la boisson.

"Et tu bois cet alcool brûlant comme ta vie

Ta vie que tu bois comme une eau de vie"

Le parallélisme qu'il vit et qu'il met en valeur entre la vie et l'eau-de-vie  - et que l'on retrouve tout au long du recueil - naît de l'exaltation d'Apollinaire à ressentir l'incantation poètique dès qu'il est aux prise avec le temps qui lui est donné de vivre. Rappelons que le recueil devait s'appeler initialement "Eau de vie" par Apollinaire. Le pluriel qu'il a adopté précise tout l'itinéraire de sa vie avec la multiplicité des lieux, des rencontres et des visions. 

 

Ensuite, plus que la boisson elle-même, l'alcool est l'intrant créatif, à l'instar de la Muse, qui frappe les sens du poète. Ce dernier sous l'emprise de l'ivresse recompose, recrée le réel et l'habille de merveilles. Merveilles au sens médiéval du terme. Le vin et l'eau-de-vie permettent à Apollinaire de récréer le réel, avec une vision neuve et inouïe, parce qu'il est dans un état de réceptablité absolue. Cet état n'est pas absolument celui de la plus vilaine ébriété, il est plutôt celui de l'homme ivre de pouvoirs sur les mots pour transcender des enchantements mystiques, spirituels et chevaleresques.

Il n'est pas un seul poème où ne se créent des kaléïdoscope d'images empruntées au Moyen-Âge, à l'Antiquité, à la Bible et au présent du poète. Cette superposition d'images d'ailleurs évoque l'influence cubiste.

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Prenons le poème Salomé. Elle est certes la fille d'Hérodiade qui a demandé la tête de Jean le Baptiste, mais elle continue aussi de danser devant sa mère vêtue en robe de comtesse et devant le Dauphin. L'univers médiéval est clairement superposé à celui biblique, pour l'Eros et le Thanatos, pour le tragique et le joyeux, pour l'eau-de-vie et le vin.

Une même analyse serait évidente avec le poème Lorelei, dans lequel les références à l'univers médiéval sont celles de la sorcellerie et la magie telles qu'elles se lisent dans les légendes arthuriennes.

 

Isabelle Sériot

 

 

Posté par Daniel S à 21:00 - Vin et littérature - Commentaires [0] - Permalien [#]

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